Comment Paul-Ricard est devenu le circuit automobile le plus écologique de la planète

Depuis trois ans, le circuit Paul-Ricard, dans le Var, multiplie les actions pour préserver l’environnement. Une initiative qui trouve un écho à l’heure où le monde de la Formule 1 prend conscience de l’urgence de la situation face à la crise climatique.

Le sport automobile se met au vert ! La Fédération internationale de l’automobile (FIA) a annoncé, mardi, un plan « à effet immédiat » pour réduire à zéro ses émissions de CO2 d’ici à 2030 et organiser des événements plus respectueux de l’environnement d’ici à 2025. Une initiative qui s’inscrit dans la prise de conscience globale du dérèglement climatique, et qui répond, également, aux injonctions de Lewis Hamilton, star de la Formule 1. Ces dernières semaines, le pilote britannique a partagé son grand souci pour la cause écologique.

Le circuit Paul-Ricard n’a pas attendu le tollé général pour agir. Niché au cœur du parc naturel régional de la Sainte-Baume, dans le Var, ce site de 350 hectares accueille 25 à 30 compétitions automobiles par an, dont le Grand Prix de France de Formule 1. Au quotidien, il multiplie les démarches environnementales depuis de nombreuses années.

« Au début, l’écologie était perçue comme une contrainte, reconnaît Stéphane Clair, directeur général du circuit Paul-Ricard. Maintenant, c’est à la fois un devoir et une fierté. »

Des ruches pour la qualité de l’air, des haies pour les nuisances sonores

Historiquement, le circuit Paul-Ricard a toujours eu la conscience verte. « Cela fait bientôt vingt ans que nous récupérons, filtrons et traitons les eaux de pluie pour arroser nos espaces verts. Idem pour le recyclage des pneus, de l’huile, du carburant », pointe Stéphane Clair. Mais tout s’est accéléré en 2017.

« Nous avons créé un comité consultatif pour répondre aux demandes des riverains et de nos détracteurs. Cela a permis d’accélérer le processus. Désormais, nous travaillons sur tous les aspects : l’eau, l’air, les nuisances sonores, la qualité des moteurs, l’énergie, le recyclage. »

La démarche est claire : les riverains soumettent leurs doutes, les dirigeants du circuit vérifient s’ils sont légitimes, puis agissent. Exemple : les émissions sonores. De nombreux riverains se plaignent du bruit des moteurs. Des balises sont installées chez eux. Si les décibels dépassent les normes, des arbres, des haies ou des buttes de terre sont installés à des endroits stratégiques pour réduire ces nuisances.

Même démarche avec la qualité de l’air et de l’eau, supposée altérée par les véhicules qui arpentent le circuit. Quatre ruches sont placées à proximité du circuit. Le nombre, la prolifération et la santé des abeilles sont scrutés avec minutie par un laboratoire deux fois par an. La conclusion scientifique : la qualité d’air est bonne.

« La santé des abeilles n’est pas impactée par ces activités », promet Nathalie Reitzer, responsable du développement durable du circuit. Un recensement annuel de la faune et de la flore autour de la piste est même effectué chaque année. « Et leur évolution est en progression », assure Stéphane Clair.

Ces actions ne sont que des exemples parmi de nombreux autres au cœur d’un site où un lac artificiel de 60 000 m3 pour réutiliser les eaux de pluie jouxte 20 000 m2 de panneaux photovoltaïques, ainsi que des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

« Servir d’exemple »

Les actions des dirigeants du circuit français ne se bornent pas aux 350 hectares varois. « Aujourd’hui, notre but est de servir d’exemple. On prêche la bonne parole auprès des pilotes, des teams, des autres circuits, des organisateurs de course. »

Ceux du Grand Prix de France de Formule 1 doivent, chaque saison, signer une charte éco-responsable, définie par les têtes pensantes de Paul-Ricard. « Nous sensibilisons également les spectateurs et les coureurs présents lors des courses. En fait, chaque compétition ressemble à nos actions au quotidien, sauf qu’elles sont largement multipliées ! »

Les annonces, elles aussi, se multiplient. La FIA a annoncé, mardi, un plan « à effet immédiat » à vocation environnementale. « C’est très bien, se satisfait Clair. Notre message est désormais passé. Maintenant, il s’agit d’appliquer. » Selon le directeur général du circuit français, deux chantiers sont prioritaires : la logistique et les moteurs des véhicules.

Et Paul-Ricard se penche déjà sur la question. Concernant le premier aspect, « nous allons nous orienter vers les mobilités douces pour déplacer personnes et matériels lors des compétitions organisées chez nous. Et notre circuit sert de laboratoire pour développer des moteurs hydrogène. » Preuve que sport automobile et écologie ne sont pas antinomiques ? « Je ne nous considère pas comme écolo, nuance Clair, mais nous avons compris que tout le monde peut avoir un impact sur l’environnement. »

Article Ouest France – jeudi 14 novembre 2019
Clément COMMOLET